Thierry Huet (Desobry): “A cause de notre fiscalité, l’entrepreneuriat est beaucoup trop risqué en Belgique”

Publié le 5 décembre 2025
thierry huet biscuiterie desobry

Thierry Huet, CEO de la Biscuterie Desobry à Tournai, a fait de l’entreprise qu’il a reprise en 2000 une “petite multinationale” présente dans le monde, singulièrement aux Etats-Unis et au Canada, qui représentent plus de la moitié de son chiffre d’affaires. Dans notre Trends Talk, qui passe en boucle ce week-end sur Trends Z, il la décrit comme “un catamaran qui va très vite” qui a “rencontré des mers tumultueuses ces cinq dernières années”

Du Covid aux droits de douane américains en passant par l’inflation et l’augmentation du prix des matières premières, la biscuiterie a fait le gros dos et croît de 10% par an grâce à une ambition: des investissements importants dans le processus de production et de la flexibilité. C’est la clé. Thierry Huet ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque le système fiscal belge, pas assez favorable à l’esprit d’entreprise.

Pourquoi avoir fait le choix d’être devenu une “petite multinationale”?
Pour une entreprise belge, c’est une nécessité si vous voulez grandir d’atteindre les quatre coins du monde. C’est clairement l’ADN de Desobry. Avec un choix, aussi, de marges plus courtes et de volumes plus importants. Cela nous permet d’atteindre la masse critique pour continuer nos investissements industriels.

Comment évaluez-vous le système belge par rapport à cela?
Nous avons fait des choix pour notre Etat Providence, différents des pays qui nous entourent. Il y a trente ou quarante ans, nous avons décidé d’avoir une taxation extrêmement forte des revenus du travail. Aujourd’hui, nous sommes pratiquement le seul pays européen, parmi vos voisins, à taxer à 40% dès que le salaire brut atteint 40000 euros. En faisant une comparaison sur base d’un salaire médian de 3600 euros bruts par moi, vous gagnez en Belgique 2400 euros et 2800 aux Pays-Bas! Chez nous, nous avons écrasé la différence entre les gens qui travaillent et les inactifs, en donnant une énorme manne d’argent à l’État pour le redistribuer. Or, les Pays-Bas, ce n’est pas un pays sous-développé, il a développé une autre conception de l’État.

Cette différence est préjudiciable pour votre business parce que le pouvoir d’achat est moins important?
Oui, mais cela va au-delà de cela. Nous avons pris une option, très latine, très jacobine et centralisatrice avec un État protecteur. Par rapport au monde anglo-saxon, nous avons anesthésié nos gens, d’une certaine façon. Le résultat, c’est qu’il y a moins d’entrepreneurs, on ose moins, il y a moins de grandes sociétés. Le deuxième impact, c’est que quand les gens ont une lecture de leur salaire net, avec un écart de 400 euros nets, ils vont retrouver l’entreprise pour demander davantage, mais 100 euros nets, cela représente 300 euros bruts. Autrement dit, on a réduit la compétitivité de nos entreprises! Ce choix initial a des conséquences extrêmement fortes: l’entrepreneuriat est beaucoup plus risqué en Belgique. Ces trente dernières années, beaucoup de sociétés ont été vendues, avec les centres de décisions qui sont parties.

Mais vous, vous restez en Belgique, non?
Oui, je reste en Belgique parce que c’est dans mon ADN. L’avenir de notre pays et de la Wallonie, c’est de développer l’entrepreneuriat en soutenant l’innovation. Il faut simplifier les règles et le côté fiscal est essentiel. Essayons de réduire l’impôt des sociétés pour les industries et de réduire les cotisations patronales, de telle manière à ce que des sociétés comme la nôtre puissent développer l’auto-financement. Cela nous permettra d’acquérir de la technologie pour pouvoir aller dans le monde entier.

Des pays comme l’Irlande ou le Portugal ont décidé dans des moments budgétaires difficiles, de devenir très attractifs fiscalement. Ce sont des modèles?
Ce sont des modèles, oui. C’est toute la différence entre le modèle latin et le modèle anglo-saxon, qui est très orienté business et qui est très pragmatique. Il s’agit de prendre des mesures qui sont claires pour tout le monde et simples à appliquer. Nous, nous avons des aides aux entreprises, mais c’est très compliqué, il y a des dossiers à déposer, cela prend du temps… Effectivement, regardez l’Irlande ou le Portugal, ce sont des options totalement différentes.

Un Trends Talk à ne pas manquer.

Source : https://trends.levif.be/a-la-une/politique-economique/thierry-huet-desobry-a-cause-de-notre-fiscalite-lentrepreneuriat-est-beaucoup-trop-risque-en-belgique/